Des histoires de meufs, #2.

insoutenable

CHAPITRE DEUXl’attente interminable du texto.

Je me souviens encore de mon premier téléphone. C’était le vieux SONY de ma mère en noir et blanc. J’écrivais mes textos en T9, comptant chaque lettre pour m’assurer de n’en envoyer qu’un (on payait si cher un petit point de trop qu’on s’obligeait d’écrire en langage sms même si on ne le voulait pas). J’étais au lycée à l’époque (hors de question d’avoir un portable avant, ce qui valait bien des crises à la maison) et je me souviens très bien de ce premier stress du texto. Cette attente, ongles rongés, d’une réponse qui mettait toujours beaucoup trop de temps à arriver. Cet instant interminable où mes yeux ne quittaient pas l’écran du portable (même s’il était réglé au maximum du son pour être sûre de l’entendre). Ces longues minutes qui pouvaient durer des heures, qui nous semblaient des années entières.

Et j’ai le plaisir (ou pas) aujourd’hui de me rendre compte que ce stress, cette attente, ce moment … n’a absolument pas disparu avec les années. Aujourd’hui encore je me ronge les ongles en attendant une réponse derrière mon iPhone. C’est en couleur, c’est bleu ou vert, ça peut avoir une sonnerie exotique – mais ça ne change en rien la réaction de l’instant. Je peux envoyer n’importe quoi tant que c’est à quelqu’un de particulier, et je me transforme en boule de nerf dans l’attente de la réponse. Même un « Coucou, ça va? » à 10h du matin peut me donner la boule au ventre (alors je ne vous parle même pas du fameux message sentimental aux heures perdues de la nuit). J’inspire, j’expire. Je m’occupe, je lance une machine ou je lis un livre – mais il n’y a rien à faire. Mon doigt clique sur l’écran une bonne centaine de fois (au cas où il aurait mal sonné ou que mes oreilles n’auraient pas entendu), ma tête s’imagine déjà des milliers de scénarios tous pires les uns que les autres et mon vernis est foutu en une minute trente.

Si je vous raconte ça aujourd’hui, c’est parce qu’après quatre années en couple on oublie ce que c’est d’attendre comme une gamine du lycée. On oublie ce que c’est de recevoir THE texto qui fera toute la différence, qui nous rendra le sourire perdu au moment où on a cliqué sur envoyer après avoir relu quatre fois le mot « ok » (je mets un point, ou pas? parce que sans le point c’est vague, mais avec le point c’est strict. oh, mon T9 me manque !) Quand on est en couple, ce genre de stress devient tout autre chose. Du type : « puré il est encore avec ses potes et a oublié de rentrer », ou « il fait la troisième mi-temps donc il ne me répond pas » … ou encore, « faut vraiment qu’il mette son portable en sonnerie ce con ». J’ai clairement mal vécu la transition, au point de parfois prendre un peu trop au sérieux dix minutes d’attente trop longue … « ça y est, il ne veut plus me voir. c’est sûr » alors qu’il était deux heures du matin et que le commun des mortels est déjà dans les bras de Morphée à cette heure-là.

C’est à ce moment-là que j’ai compris que mon portable n’était pas un bon ami. C’était même un sale naz qui, en plus de me rappeler les connexions fréquentes de celui-dont-je-ne-voulais-pas-entendre-parler, me rendait super stressée. Je me suis rappelée de mes parents qui devaient utiliser le téléphone fixe de la maison pour se joindre, qui préféraient donc profiter de l’instant. Je me suis rappelée mes grands-parents qui s’envoyaient des missives en pigeon voyageurs (oui, j’en fais certainement trop et ils ne sont pas si vieux) – et j’ai décidé de ne pas être aussi pressée, dépendante, accroc … carrément ridicule même. J’ai posé mon portable après avoir installé le mode silencieux et avoir désactivé la plupart des notifications, dans l’espoir de l’oublier un peu. De le laisser seul comme il me laisse seule dans l’attente d’une réponse.

Et figurez-vous que oui, ça a fonctionné. Un jour, deux jours, trois jours. Un peu comme ceux qui font Dry January mais qui craquent au bout de la troisième bière refusée. Une semaine plus tard, j’étais en boule dans mon lit les yeux figés sur la conversation et dans l’attente de ces trois (pu**** de) points pour une réponse rapide. Retour à la case départ.

 

Merci à ma Louise pour ce petit dessin, retrouvez toutes ces merveilles par ici.

 

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2 réflexions sur “Des histoires de meufs, #2.

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